

Les mirages:
Schéma dans le cas d'un
mirage inférieur:
Lorsqu’on évoque
le mot "mirage", il nous vient à l'esprit le plus
souvent les images de nos routes surchauffées en été avec
ses "flaques" bleutées, ou de façon plus
classique les images observées dans les déserts et
qui nous laissent apercevoir une étendue d’eau là où il
n’y a que du sable. Ce phénomène est le plus
couramment constaté, il s'agit de mirages inférieurs.
Cela s'explique par l' inversion des gradients de température
et d'indice de réfraction dans les couches d'air très
près du sol.
Comment se produit l'inversion des gradients?
Dans les conditions habituelles de pression et
de température, au fur et à mesure que l'altitude augmente,
les couches d'air voient la pression diminuer, entraînant une
diminution de la densité qui conduit elle-même à une
diminution de l'indice de réfraction.
Quand la température augmente de façon
très importante sous l'effet du rayonnement solaire, la pression
qui au niveau du sol ne varie pratiquement pas, contraint les couches
basses à augmenter de volume (gaz parfaits PV = nRT) et à échanger
l'énergie rayonnée par le sol vers les couches supérieures
qui voient à leur tour leur température s'élever.
Cette augmentation de volume entraîne une diminution de la
densité, et par la même une diminution de l'indice de
réfraction. L'air au niveau du sol est ainsi moins dense que
dans les couches supérieures. On voit ici que c'est un changement
de la répartition des indices qui est inversée par
rapport à celle obtenue dans les conditions habituelles.
A condition qu'il n'y ait pas de vent, ces échanges
se faisant sur de vastes étendues relativement planes, le
phénomène de turbulence qui tend à s'installer
normalement est en quelque sorte bloqué au profit d'échanges
plus laminaires avec les couches supérieures. Ainsi un certain équilibre
existe entre les différentes couches qui, du moins pendant
un temps, constituent un mille-feuille dans lequel le jeu de la réfraction
va aboutir à l'apparition du mirage (tiens! c'est pratiquement
un pléonasme...).
Schéma dans le cas d'un
mirage supérieur:
Dans
le cas des mirages dits supérieurs, le phénomène
d'inversion des gradients concerne plutôt les régions
aux températures très basses, où l'effet observé se
situe plus haut dans les couches d'air.
Dans le cas des mirages inférieurs et
supérieurs il existe encore de nombreuses variantes
comme les Fata
Morgana .
Dans un milieu homogène, les rayons
se propagent en ligne droite. Dans les milieux hétérogènes,
on peut considérer que le trajet de ces rayons lumineux suit
les lois fondamentales de l’optique géométrique.
L'atmosphére n'est pas un milieu homogène, on peut
l'assimiler à une succession de couches d'air, suffisamment
stables, dont la densité et la température varient
de façon continue en fonction de l'altitude. Dans le cas de
la formation des mirages, les rayons lumineux subissent une série
de trés légères déviations dans l’atmosphère.
Pour définir ce changement de direction, on parle alors de
réfraction. Ce changement de direction peut même provoquer,
comme nous le verrons un peu plus loin, jusqu'à une inversion
de la direction suivie par les rayons lumineux, on parle alors de
réflexion totale.
Les changements climatiques extrêmes,
où température et pression voient leur gradient s'inverser,
sont souvent à l'origine de la formation de mirage. Dans
l'atmosphère, ce sont des modifications extrêmement
faibles de l'indice de l'air qui interviennent. Pour
s'en convaincre voici un petit calcul qui permettra de fournir quelques
ordres de grandeur, en utilisant la formule suivante:
n = 1+(0,00029*EXP(-A/10000))/(1
+ 0,003816*(T - 0,0065 x A))
(A altitude
en mètres, T température
en °C)
Site de référence: Derivation
Of The Effect Of Atmospheric Refraction On The Observed Elevation
Angles Of Peaks
Remarque: la variation due au terme d'altitude est
négligeable dans les calculs qui suivent.
-
Prenons le cas d'une couche d'air à 20°C,
on obtient n= 1,000269416
-
Prenons maintenant une
route surchauffée,
comme celle de nos vacances en été, où la
température de la couche d'air, 10 cm juste au-dessus du
sol, peut atteindre 60°C, on obtient n=1,000235974.
-
Prenons une autre couche d'air à 20cm au-dessus
du sol, l'air est un mauvais conducteur de chaleur sa température
plus faible se situe à 50°C, on obtient n=1,000243534
-
Prenons encore une autre couche d'air à 50cm et à 30°C,
on a alors n= 1,000260204
Hauteur/sol= 1m,
Température = 20°C -> n1= 1,000269416
(conditions standard)
Hauteur/sol=
10cm, température = 60°C -> n1= 1,000235974
Hauteur/sol= 20cm, température
= 50°C -> n2= 1,000243534
Hauteur/sol= 50cm, température
= 30°C -> n3= 1,000260204
Dans ces trois derniers exemples, l'indice est plus faible
que dans les conditions standard au niveau du sol, il augmente ensuite
régulièrement, à mesure
que la hauteur augmente et que la température diminue. Remarquez,
que dans les exemples choisis, les variations concernent la cinquième
décimale seulement. Le graphique suivant illustre, de façon
'amplifiée', ces faibles variations afin d'en améliorer
la compréhension.

On peut noter dans les deux cas, que les rayons
lumineux semblent être "attirés" du côté des
indices les plus élevés.
Le dessin à gauche (cas normal de réfraction)
montre un exemple de trajet de rayons lumineux qui pourraient se
diriger vers le sol, dans un cas où l'on peut assimiler
l'atmosphère à une succession de couches d'air d'égale épaisseur
mais de températures et donc d'indices différents.
Cette atmosphère standard correspond aux conditions habituelles
avec une diminution de la température à mesure que
l'altitude augmente, et un air plus dense prés du sol qu'en
altitude, ce qui se traduit par un indice de réfraction
plus élevé au sol qu'en altitude. Dans de telles
conditions les rayons lumineux qui suivent ce trajet vont être
arrêtés par le sol...
Maintenant, si on considère le schéma de droite
(cas du mirage inférieur) où les conditions climatiques
correspondent à une chaude journée d'été,
le scénario est tout à fait différent. On
observe une inversion de la température près du sol,
où l'air surchauffé voit sa densité diminuer,
ce qui a pour conséquence de faire diminuer l'indice de
réfraction, en effet densité et indice sont directement
liés. Les rayons lumineux suivent alors une trajectoire
qui tend à s'écarter un peu plus vers le haut, au
fur et à mesure qu'ils traversents les différentes
couches. L'angle d'incidence augmente toujours un peu plus pour
tendre vers une limite, proche de 90°; il va alors subir une
réflexion totale (voir explication sur la loi Descartes
/Snell en haut de la page). C'est ainsi qu'un observateur, placé en
B, peut apercevoir à la fois un rayon lumineux direct (en
bleu) venant du point A, et un autre rayon lumineux (en
rouge), tout à fait inhabituel et semblant provenir
du sol. Nous avons ici l'explication du phénomène à l'origine
de l'apparition du mirage.
-
Les rayons lumineux ont 'emprunté'
deux chemins distincts partant d'un point A pour arriver à un
point B. Cela se traduit par la perception de deux images dont
une est inversée à la suite d'une réflexion
totale; c'est cette image qui est appelée mirage. Pour
l'observateur elle semble provenir d'une direction qui se trouve
dans le prolongement de la dernière partie du trajet
suivi par les rayons. Autrement dit, elle est tangente, près
de son oeil, au trajet suivi.
Exemple par le calcul, pour fixer les ordres
de grandeurs:
Si nous essayons d'exploiter encore un peu les donnée
précédentes, dans le cas de la route surchauffée,
nous pouvons essayer d'évaluer la distance à partir
de laquelle un mirage inférieur peut être observé.
Pour cela on calcule la valeur de l'angle de réfraction limite
pour le dioptre formé par les couches à 10 et 20 cm
au-dessus du sol.
Sinus ilimite =
n1/n2, avec n1 = 1,000235974 et n2
= 1,000243534 ce qui donne ilimite =
89,7772degrés (89° 46' 38")
L'angle d'élévation (complémentaire à 90°)
du rayon lumineux est de 0,2228 degré (0°13'22").
Pour un rayon lumineux partant d'un objet d'une hauteur sensiblement égale à la
hauteur d'un observateur (1,80m) cela situerait la zone de réflexion
totale (effet de miroir) à une distance très approximative
D= h/tg(90-ilimite).
L'application numérique nous donne, ici, une distance de 460
mètres; il faut ensuite doubler cette valeur, soit près
de 1 km, pour situer l'objet distant qui serait vu avec un effet
de mirage. Les valeurs d'élévation considérées étant
très petites, cela conduit naturellement à des distances
relativement grandes.
Il existe bien sûr bien d'autres conditions
qui permettent d'observer des mirages inférieurs. On peut
tout aussi imaginer un observateur placé très près
d'une surface surchauffée et suffisamment grande pour apercevoir
un mirage sur des distances beaucoup plus courtes. Attention ici à ne
pas confondre l'effet de mirage avec la turbulence de l'air que l'on
peut constater au-dessus d'un feu, le barbecue de nos vacances, par
exemple ou une surface surchauffée comme celle d'un toit.
Il existe encore des mirages dans le cas du soleil, lorsque celui-ci
est très bas sur l'horizon. Dans ce cas la distance est alors
très grande.
Il faut savoir que bien d'autres cas de mirages
existent, comme les mirages créés dans l'univers par
des objets tels que les trous noirs, les galaxies, ou groupes de
galaxies; dans ce cas il ne s'agit plus de réfraction, mais
plutôt de déviation des rayons lumineux due au champ
gravitationnel de ces objets massifs.

Alors
et le Canigou dans tout ça?...
Ayant parcouru les encyclopédies
et passé de longs moments à surfer sur le Net, j'ai
constaté que la notion de mirage englobe tous les phénomènes
qui, de près ou de loin, modifient le trajet des rayons
lumineux d'une manière continue et progressive, sans qu'il
y ait pour autant réflexion totale et donc apparition d'une
image secondaire inversée. Il en est ainsi pour la réfraction
près de l'horizon qui fait apparaitre les objets lointains
plus haut dans le ciel qu'ils ne le sont en réalité,
comme c'est le cas des astres se couchant à l'horizon.
Donc, au sens admis et
le plus répandu généralement, nous sommes
bien en présence d'un mirage dans le cas du Canigou, en
ce sens que l'on observe en fait une image plus haute au dessus
de l'horizon que ne l'est en fait la chaîne de montagne en
réalité...
Avis
au lecteur qui se satisfait de cette définition: inutile
de continuer la lecture de ce qui suit... loin de moi l'idée
de me lancer dans une polémique, je vous livre simplement
une... petite réflexion! 
Personnellement j'aurai préféré qu'une
distinction soit faite entre les phénomènes qui gênèrent
une seconde image inversée, obtenue après une réflexion
totale au moins, et la réfraction qui pour les phénomènes
toujours observés près de l'horizon 'déplace'
l'image principale et unique plus haut sur l'horizon.
Bien sûr tout est
une question de convention, mais cette définition trop généraliste
me dérange car lorsque j'observe un coucher de soleil à l'horizon,
je n'ai pas le sentiment d'être en présence d'un mirage,
tout simplement parce qu'il y a une continuité totale du
mouvement apparent du soleil dans le ciel depuis son lever juqu'à son
coucher. Le terme de mirage au sens de l'apparition, souvent qualifiée
de surprenante voire étrange, ne me semble pas approprié dans
le cas du soleil à l'horizon; et aussi parce que cela ne
correspond pas non plus à quelque chose qui survient de
manière inattendue, dont on sait que la durée est éphémère
et qui n'est pas reproductible d'un jour à l'autre.
Le cas du Canigou, à mon sens, n'est pas
un phénomène à classer dans la catégorie
des mirages. Il serait plutôt à classer dans les phénomènes
de 'réfraction ordinaire' dans la mesure où il n'existe
pas d'image inversée, non pas parce qu'elle est arrêtée
par un obstacle, mais parce qu'il n'y a pas d'autre trajet possible
pour que les rayons lumineux parviennent jusqu'à nous.
Nous observons de la chaîne du Canigou
une image droite, dans le sens optique du terme (c'est à dire
non inversée), qui est plus haute à l'horizon à cause
de la réfraction atmosphérique, tout comme les astres
qui subissent de façon plus prononcée la réfraction
atmosphérique puisqu'il s'agit, dans ce cas, pour la lumière
de traverser la totalité de la couche atmosphérique.
Vous l'aurez deviné,
pour moi le Canigou c'est un phénomène de "réfraction
ordinaire" mais que les circonstances de son observation ne
rendent vraiment pas ordinaire du tout !!!
Si vous souhaitez donner votre avis sur le sujet,
vous pouvez m'envoyer un message. Je ferai en sorte d'ouvrir une
page spéciale sur ce sujet afin d'élagir le débat.